Un monde sans patriarcat est-il possible ?

Un monde sans patriarcat est-il possible ? Qu’on n’en ait conscience ou pas, le monde tourne autour de la notion de patriarche. Comment la domination masculine s’est-elle alliée à la puissance économique pour devenir la norme ? Les femmes sont-elles condamnées à être perçues pour leur fonction reproductive et un physique qui se doit d’alimenter le désir masculin ? Explications.

Dès son plus jeune âge, une petite-fille est-elle conditionnée à devenir une parfaite mère au foyer ? La société transmet un modèle inégalitaire au travers de l’éducation et de la pop culture. Comment sortir de ce schéma auquel même les religions monothéistes se réfèrent ? Comment entendre la voix des femmes dans le bruit incessant des discriminations, des violences et des injustices ? Pour comprendre ce mécanisme, revenons aux origines d’une organisation dont l’autorité est détenue par les hommes.

Une société dominée par le mâle

Comment l’autorité est-elle devenue une affaire d’hommes ?

Naissance de la paternité sociale

Dans son article, Origine et déclin du patriarcat : l’enjeu de l’égalité *, Marianne Dalmans revient sur les origines de la puissance masculiniste. Elle y raconte comment les valeurs sociales ont évoluées lorsque nos ancêtres ont pris conscience du lien entre acte sexuel et grossesse. Pour eux, les femmes avaient le pouvoir de s’approprier leurs semences. Dès lors, ils se sont activés à créer une puissance paternelle associée au développement économique pour subvenir au besoin de la famille. La paternité sociale était née ainsi que toute une série de mesure visant à renforcer cette autorité : « La mise en place du culte du phallus qui affirme l’inclusion des hommes dans le processus de procréation. Avec un mécanisme de surcompensation : après avoir compté pour rien pendant tant d’années, les hommes voulaient maintenant être tout. »

Système de croyances et d’éducation

Qu’est-ce que réellement le patriarcat ? Pour Mathlide Morrigan, auteure du livre, Sans patriarcat, à quoi ressemblerait notre monde ** en voici la définition : « Autrement dit, patriarcat veut dire :  » le commandement par le père.  » De fait, la passation de pouvoir et la pérennité de la domination reposent sur le lien de filiation entre le père et le fils. »

Faisant partie de notre quotidien, l’autorité masculine s’assimile naturellement, et ce dès l’enfance. Les garçons apprennent à être forts et les filles à avoir une valeur inférieure à ces derniers, car elles représentent le sexe faible. Un sexe faible à qui on apprend très jeune tous les rouages pour être une bonne maîtresse de maison : « Elle apprend dès l’enfance à se réjouir d’être une  » vraie femme à marier  » à travers la cuisine (dont certains s’amusent encore à dire que c’est justement là qu’est sa place), le ménage et s’occuper du linge. » L’éducation genrée participe à asseoir les stéréotypes selon lesquels les garçons et les filles doivent correspondre à l’image et aux attentes de la société.

Les femmes deviendront des mères et les épouses d’hommes dont elles seront dépendantes.

Religion et culture

Le patriarcat trouve sa légitimité dans le sacré. En effet, les trois grandes religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme, Islam) ont instauré la domination masculine suite au péché originel commis par Eve. Le culte religieux exclu les femmes, à quelques exceptions près, alors que les textes premiers n’y font pas mention. Le journaliste, Mikael Corre, pose cette question cruciale dans La Croix *** : « Dieu préfère-t-il les hommes ? C’est ce que laisse penser la masculinité des clergés de tous les monothéismes, islam, christianisme, judaïsme ou encore zoroastrisme. »

La culture populaire n’est pas épargnée, les contes de fées par exemple montrent des princesses en détresse qui attendent d’être sauvées par un prince qui donnera enfin un sens à leur vie.

Un monde sans patriarcat est-il possible ?

Une norme dans de nombreuses sociétés.

Les femmes et l’objectivation

Le patriarcat démontre également son pouvoir par l’objectivation permanente dont les femmes sont victimes. Le male gaze (le regard masculin) est omniprésent dans l’univers cinématographique, le réalisateur s’approprie le désir féminin et le définit. Ce point de vue considéré comme « neutre » place les hommes en position de supériorité.

Un monde sans patriarcat : sois belle et tais-toi !

La puissance masculiniste s’exerce dans les injonctions faites aux femmes. La société patriarcale impose un modèle idéal auquel chaque femme se doit de correspondre. Cela a pour conséquence de créer des complexes profonds et des objectifs difficilement atteignables : être une mère exemplaire, élever ses enfants en restant au foyer, être une épouse compréhensive et une amante exceptionnelle, rester attrayante et jeune. Sur les réseaux sociaux, des voix commencent à s’élever contre cette « règle de désirabilité » dont les hommes sont exempts.

Le féminisme

Le féminisme symbolise la réponse des femmes face à cet ordre social imposé.

Les mouvements féministes veulent renverser la domination patriarcale en s’attaquant à toutes les chaînes du maillon en commençant par l’éducation.

Pour les activistes, aucun domaine n’échappe à l’autorité masculine. En prendre conscience est déjà un début ainsi qu’inculquer les principes de l’égalité aux plus jeunes. La croyance selon laquelle les femmes sont inférieures aux hommes d’un point de vue biologique, économique et culturel doit s’éteindre et ne plus se transmettre, tel un héritage, de génération en génération.

Un monde sans patriarcat : où en est-on ?

Un nouvel espoir se profile.

La parole se libère #metoo

En 2017, le mouvement #metoo marque un tournant dans la prise de paroles des femmes contre la domination masculine. Le phénomène devient viral sur les réseaux sociaux et les langues se délient avec courage. Le même fait est mis en lumière : de nombreuses femmes sont visées au cours de leur vie par une violence sexuelle masculine. Les luttes féministes se réactivent et posent la question du consentement.

Une nouvelle ère

Sur les sites de rencontre ou lors de rendez-vous amoureux, les femmes semblent prendre le pouvoir. Elles s’émancipent et osent s’affirmer. Les femmes sont indépendantes, travaillent et réinventent la famille. D’après le site Vie Publique ****, les familles monoparentales constituent une population en forte augmentation. Les femmes occupent la position de « chefs de famille ». Une posture que l’on retrouve dans les sociétés matriarcales.

Un monde sans patriarcat : le matriarcat

Les sociétés matriarcales seraient plus justes ? C’est la question à laquelle répond la chercheuse allemande Heide Goettner-Abendroth dans son ouvrage, Les sociétés matriarcales.

Pour elle, les sociétés matriarcales ne sont pas dominées par les femmes et n’ont pas vocation à se transformer en modèle patriarcal : « Non, ce ne sont pas des sociétés où les femmes détiennent le pouvoir. Ce sont des sociétés égalitaires, où les deux sexes sont valorisés. La mère y est placée au cœur, mais pas au sommet […] Au niveau politique, les décisions sont prises par consensus, tout le monde a son mot à dire. Sur le plan économique, ce sont les femmes qui sont en charge de la distribution des biens essentiels, comme les maisons, les terres, la nourriture. » *****

Le matriarcat ne s’oppose pas au patriarcat et démontre un nouveau lien social. Ces organisations bienveillantes peuvent-elles signer la fin du patriarcat ?

Un monde sans patriarcat semble utopique, pourtant, on constate de nombreuses avancées. La parole se libère, le modèle de la famille se réinvente, le culte religieux octroie des postes à des femmes. L’éducation reste la clé pour déconstruire une organisation vieillissante et obsolète.

Eva

Tous nos Conseils Séductions pour les Rencontres et la Relation

Les articles les plus consultés