Les sorcières sont-elles les nouvelles féministes ?

Les sorcières sont-elles les nouvelles féministes ? Pourchassées encore hier et violentées, ces magiciennes ont gagné le cœur des militant·e·s pour le droit des femmes. Comment ces enchanteresses sont-elles devenues le symbole de l’égalité femme-homme ? On vous éclaire.

Femmes de savoir et mystérieuses, les prêtresses ont toujours fasciné. Perçues comme un danger par la religion et les hommes, elles ont vécu en marge de la société. Étaient-elles trop indépendantes ? Étaient-elles trop puissantes ? Trop sensuelles ? Pourquoi leur combat entre-t-il en résonance aujourd’hui avec les droits des femmes ? Analyse d’un phénomène qui passionne.

Les ensorceleuses dans la société

La magicienne fait couler beaucoup d’encre concernant son apparence et ses pouvoirs.

Qui sont-elles ?

La littérature évoque tour à tour une beauté insolente probablement volée au diable et une laideur caractérisée par un nez crochu.

Un article paru sur le site Odysseum* évoque les origines du mythe : « Chez les auteurs latins du Ier siècle avant J.-C., c’est la spécialité des vieilles femmes (anus) expertes en « sortilèges » pour envoûter les individus : on les nomme sagae. »

Le mot dérivé « Sagane » fait référence à la magicienne à l’Antiquité romaine et le terme « Sagio » qui en découle rappelle la science et le mot sage-femme. Ces femmes qui pratiquent la magie ont la capacité de donner la vie, tout comme celle de l’influencer. Un don qui créera leur perte.

Des guérisseuses en harmonie avec la nature

Les magiciennes suscitent l’intérêt pour leur connaissance médicinale, leur capacité à soigner et à accompagner les femmes pendant l’accouchement. Les plantes n’ont aucun secret pour elles et de nombreux miracles leur sont attribués. En phase avec les éléments et la nature, elles sont sollicitées et considérées par tous·ttes.

Femmes de savoir, elles inquiètent l’égo masculin qui voit en ces êtres de véritables rivales.

Des femmes émancipées

Les prêtresses sont également redoutées pour leur indépendance et leur force de caractère.

Sensibles, empathiques, rebelles, elles aiment vivre comme elles l’entendent.

Épanouies dans leur vie, ces femmes dérangent à penser trop librement.

Les sorcières : des féministes à l’assaut du patriarcat

Elles bouleversent l’ordre établi.

Les femmes sur le banc des accusées

La chasse aux sorcières, qui connait son paroxysme en Europe dans les années 1560, résulte avant tout d’un acte de peur : la peur des hommes face à des femmes qu’ils jugent trop puissantes.

La sorcellerie, une affaire de femmes ? Le magazine GÉO nous explique ce mystère à travers l’interview de Claire Mitchell, fondatrice de l’association « Witches of Scotland » : « À cette époque, « les gens croyaient vraiment très fort au diable », rappelle-t-elle, et « les femmes avaient tendance à être accusées parce qu’elles étaient perçues comme des personnes pouvant être facilement manipulées par le diable ». »**

Insoumises aux règles sociétales et morales, les sorcières sont les plus grandes victimes de la misogynie.

Les sorcières, nouvelles féministes et tentatrices ?

Leur beauté suscite le désir tandis que le mystère accroit leur attrait. Les hommes veulent ces femmes inaccessibles qui n’ont pas besoin d’eux pour être heureuses.

De la possession à la destruction, il n’y a qu’un pas, et voici les sorcières qui deviennent des êtres à abattre.

De plus, selon Robert Muchembled, l’auteur du livre la Sorcière au village***, l’Église se plaît à trouver en ces ensorceleuses, un ennemi à combattre.

Rejetées, persécutées et décriées pour leur nature atypique, elles reviennent aujourd’hui en force.

Nouvelles féministes : la réhabilitation des sorcières

Ces femmes, hier condamnées et exilées, sont désormais propulsées au rang de star par la pop culture.

Les séries comme Sabrina ou Charmed montrent des sorcières puissantes qui sont avant tout des femmes indépendantes en proie aux combats et à l’amour.

Elles suscitent l’admiration, œuvrent pour le bien et militent pour le droit des femmes. Pour exemple, l’épisode 2 de la saison 7 de Charmed où Phoebe, l’une des trois sœurs Halliwell, interprétée par Alyssa Milano, décide de monter sur un cheval, nue, afin de défendre le droit à l’allaitement dans les lieux publics.

Hors du petit écran, les sorcières prennent également leur revanche.

Les sorcières, les nouvelles féministes

Le féminisme et les sorcières, une grande histoire d’amour.

Sorcières : comment les féministes se réapproprient-elles leur image ?

Tout commence en 1968 avec des groupes féministes tels que Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell, dont l’acronyme est WITCH (sorcière en anglais).

Leur mission ? Renverser la domination patriarcale omniprésente dans la société en empruntant les thèmes propres aux magiciennes.

C’est ainsi que lors de la traditionnelle fête d’Halloween, les membres de WITCH se déguisent en sorcières et descendent sur Wall Street afin d’y placer un symbole magique en forme d’hexagone.

Les nouvelles icônes du combat des femmes

De nos jours, les sorcières accompagnent chaque action féministe avec force. Il n’est donc pas étonnant de constater leur présence en novembre 2020, à l’aube de l’élection américaine, lors du « Flush Trump » (To flush signifiant « tirer la chasse ».), afin que ce dernier ne rempile pas pour un second mandat.

Le mot sorcière devient un synonyme du mot féministe et de nombreuses femmes se nomment ainsi pour montrer qu’elles se battent contre les inégalités.

De plus en plus prisées sur les réseaux sociaux, les sorcières ont le vent en poupe. Elles prodiguent de nombreux conseils ésotériques et aident à créer des philtres d’amour pour augmenter son pouvoir d’attraction au coin de la rue ou sur un site de rencontre.

Une liberté de jouir de son corps

Se revendiquer sorcière, c’est aussi assumer son corps et ses envies.

Vivre ses désirs à travers soi et non au travers de l’autre.

Les sorcières ont toujours été traquées pour leur sexualité comme le confie l’autrice féministe, Kristen J.Sollée, dans un article du site FémininBio**** : « […] des rumeurs circulaient à propos de sorcières qui corrompaient les outils domestiques habituels des femmes pour se donner du plaisir, et voler dans les airs afin d’accomplir leurs sabbats orgiaques. »

Les prêtresses aiment se donner du plaisir seules. En effet, la connaissance de soi ouvre assurément une porte vers l’extase.

Les sorcières ne sont pas les nouvelles féministes, elles sont les pionnières. Marginales, talentueuses, indépendantes et puissantes, elles ont su irradier une lumière trop vive pour les hommes et l’Eglise.

Leur sacrifice a permis, aux femmes de tous bords, d’étudier, de briller, hors des sentiers battus.

Si être sorcière consiste à s’émanciper des règles patriarcales, alors nous le sommes tous·ttes un peu.

Eva

NousLib

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